2. Un héros ambigu
La tragédie prend ici une dimension rituelle et symbolique : la spirale du mal et de la corruption, à laquelle tous ont participé comme le souligne Margaret, veuve d'Henri VI, dans sa célèbre prophétie de l'acte I, induit un mécanisme purificateur, qui doit se solder par l'expulsion du mal incarné par Richard III pour qu'une nouvelle fondation de l'État soit possible. Cet aspect marque la parenté de Richard III avec les tragédies du Moyen Âge et de la Renaissance qui retraçaient le destin exemplaire de personnages célèbres dont la fortune avait provoqué la chute. Mais le personnage de Richard III est problématique : certes, c'est un meurtrier froid et calculateur, au physique contrefait et à l'ironie grinçante, qui rappelle le Vice de la Moralité médiévale ou le Machiavel de la tragédie élisabéthaine – avec qui il partage un certain nombre de caractères, comme la prédilection pour le monologue où il informe le public de ses motivations et projets, ses apartés, et les commentaires sardoniques dont il ponctue l'action. Cependant, il convient de nuancer ce caractère monstrueux : les seules victimes innocentes, dans la pièce, sont les deux fils d'Édouard ; tous les autres, en revanche, sont coupables eux aussi d'avoir fait couler le sang. Richard est celui qui les amène à expier leur passé.
Mais ce qui rend le personnage de Richard si fascinant, c'est son extraordinaire intelligence politique et psychologique. Il est, dans la pièce, un acteur et un metteur en scène hors pair : il singe l'hypocrisie des autres personnages et exploite leurs faiblesses pour mieux les prendre au piège. Exploitant la corruption morale généralisée, il met en scène la dérision de tous systèmes de valeurs, au mépris de toute transcendance. Le plaisir qu'il trouve dans la transgression est manifeste. C'est un être caractérisé par un individualisme forcené, qui l'amène à éprouver sa liberté absolue contre toutes les lois. Il est un héros tragique problématique de ce point de vue, plus proche du Ta […]
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