8. Le soldat de l'an II, un citoyen modèle
L'idée de régénérer l'homme et le citoyen est au cœur de la Révolution française. Des siècles de « féodalisme », disait-on, avaient souillé les Français des vices propagés par l'aristocratie. La Révolution enlèverait peu à peu ces macules, l'homme retrouverait la pureté de ses origines et deviendrait un citoyen vertueux sans lequel il n'est point de République. Cette mission proposée à la Révolution le fut tout aussi bien par les sans-culottes et les Jacobins que par les députés de la Convention. L'école publique pour les enfants, les sociétés politiques pour les adultes seraient les lieux de l'éducation civique. L'armée ne pouvait-elle pas être, elle aussi, un espace de formation pour les citoyens, une pépinière de citoyens présentés aux autres comme des modèles ? Cette proposition était déjà celle du Girondin Buzot, qui déclarait à la Convention, le 14 février 1793 : « Il semble que l'élite de la nation soit dans l'armée [...]. Que les autres citoyens se modèlent sur de si beaux exemples et la chose publique est sauvée. »
Si les Montagnards voulurent que l'armée devienne un lieu où étaient lus et commentés les lois ainsi que les débats à la Convention, c'est qu'ils étaient d'abord aux prises avec deux dangers : celui du « généralat », de la dictature militaire d'un chef s'emparant de l'esprit de ses hommes ; celui des factions, et tout particulièrement de celle des « hébertistes » qui avaient pénétré l'armée où ils distribuaient Le Père Duchesne. Les Montagnards eurent, au-delà de ces c ontingences politiques, la volonté d'utiliser l'armée, forte de près d'un million d'hommes, et de la transformer en une vaste école de civisme. L'étude des adresses lues à la Convention, des discours faits en réponse par les Montagnards aussi bien à l'Assemblée qu'au sein des troupes par l'intermédiaire des représentants en mission, enfin l'examen des catalogues d'actes héroïques que les Jacobins firent confectionner nous renseignent sur ce que devait […]
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