7. L'amalgame et l'encadrement
L'amalgame des anciennes troupes royales avec les bataillons de volontaires et de requis, voté en février 1793, commença à être appliqué : l'armée aurait le même uniforme, la même paye, une identique discipline et un recrutement et une promotion de ses cadres fondés sur l'élection et sur l'ancienneté de service. Les unités devaient peu à peu se mêler au sein des demi-brigades qui se substituaient aux régiments. Le gouvernement révolutionnaire s'aperçut vite de l'insuffisance de l'encadrement : on écartait les nobles suspects, on les remplaçait par des roturiers patriotes, braves mais sans instruction, ce qui conduisait certes à des victoires, mais coûteuses en hommes. Le Comité de salut public décida, au début de 1794, une vaste enquête sur les « talents » des militaires, ordonna que seuls ceux qui savaient lire, écrire, compter, dresser des plans seraient à même de devenir sous-officiers et officiers. Se réservant un tiers des nominations de ces cadres et toutes celles des généraux, le gouvernement commença à placer à la tête des unités des hommes ayant quelque expérience de l'art de la guerre. Il en résulta qu'à la fin de la Convention montagnarde l'armée de la Révolution devint habile technicienne, capable d'accomplir le combat interarmes, de se déployer en ligne, de se ramasser en colonnes d'attaque et de se former en carrés de défense.
L'instruction des cadres était une nécessité militaire, c'était aussi une nécessité politique. Le décret du 15 février 1794 qui instituait l'obligation de savoir lire et écrire pour les cadres expliquait : « Pour que le soldat obéisse, il faut qu'il sache aujourd'hui que c'est à la loi [...]. Pour que le soldat soit brave, il faut qu'il soit content ; pour qu'il ne murmure jamais, il faut qu'il sache qu'on ne lui fait aucun tort : c'est avec la loi qu'on le lui démontre ; il faut donc que le caporal même qui commande et qui compte avec lui sache lui lire la loi qui devient leur règle commune et leur juge. »
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