2. Les volontaires de 1791
L'Assemblée constituante, tout en donnant au roi le commandement de cette armée, avait pris des mesures pour pouvoir la contrôler. Elle le fit encore plus étroitement au moment de la fuite du roi, où des commissaires furent envoyés aux armées pour leur faire prêter un serment de fidélité. Ce fut cette fuite du roi qui produisit la création d'une nouvelle armée, celle des bataillons de volontaires nationaux de 1791. Quelque temps avant la fuite du souverain, puis au moment de l'événement, des volontaires issus de la Garde nationale s'étaient levés pour défendre le régime contre une attaque éventuelle des puissances européennes. L'Assemblée légalisa ces levées et demanda aux départements de fournir 100 000 volontaires.
Les plus gros contingents et les plus rapidement fournis le furent par les départements frontières et par ceux de la Seine, de la Seine-et-Marne ou de Rhône-et-Loire ; certains, comme dans la région aquitaine ou dans celle du Massif central avaient été, en grande partie, exceptés ; ceux du Finistère et des Côtes-du-Nord, où les effets de la politique religieuse se faisaient sentir, donnèrent moins qu'on avait espéré. Au total, ce fut une troupe jeune – plus des trois quarts avaient moins de vingt-cinq ans – formée plus souvent d'artisans que de paysans. Dans le 1er et le 2e bataillon d'Ille-et-Vilaine, par exemple, des bouchers, des boulangers, des tailleurs d'habits et des tisserands voisinaient avec des clercs de procureurs et des étudiants. Troupe encadrée par des bourgeois, mais marquée encore par le « compromis » tenté avec l'aristocratie libérale : des nobles encadrèrent les bataillons aux côtés d'avocats, de notaires, de procureurs, d'huissiers, de greffiers et de quelques artisans (menuisiers, peintres ou charpentiers). Un Jean François Cornu de la Poype, fils du comte de Serrières, baron de Corsant, ancien officier de l'armée royale, fut lieutenant-colonel du 2e bataillon de Seine-et-Oise tandis que le négociant Jean Lalanne se trouva placé à la tête du 3e bataillon des Basses-Pyrénées. Tout distinguait cette armée nouvelle de l'armée royale : l'habit aux couleurs nationales, la paye plus élevée, la discipline s'accordant à des citoyens qui, engagés pour une campagne, se considéraient, sous l'habit militaire, comme des membres du peuple « souverain ». Les chefs étaient élus par la troupe mais, il est vrai, sous la surveillance des autorités municipales ou départementales. Le bataillon une fois formé, le drapeau béni, un aumônier était élu ; il serait comme « l'œil et l'oreille » des officiers municipaux restés au pays.
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