12. Les officiers, des notables
Ces officiers qui étaient appelés à jouer dans l'Empire le rôle jadis dévolu aux soldats dans la République, celui de modèles, devaient être considérés comme des notables quand bien même leur fortune n'atteignait pas celle des Perier ou des Richard-Lenoir, les capitalistes de l'époque. Napoléon leur donna donc un statut qui les plaça au premier rang de la société. Statut juridique : les lois qui gouvernèrent la condition des officiers étaient sur bien des points différentes du statut des simples citoyens dans le domaine de la justice, dans celui du régime matrimonial, dans celui des contributions, dans la défense enfin de leurs propriétés. Statut économique : si le traitement d'un lieutenant ou d'un capitaine était modeste, il s'y ajoutait des dons puisés dans le trésor de l'armée, des concessions de terres ou des émoluments liés à l'appartenance à l'ordre de la Légion d'honneur ou de la noblesse d'Empire, des « privilèges » indirects comme celui d'obtenir des bourses dans les écoles pour leurs fils, des places à l'école de la Légion d'honneur pour leurs filles. Parvenus aux grades de colonel ou de général, ces officiers étaient tirés du besoin et l'on sait les fortunes – « les comptes fantastiques » – des généraux et des maréchaux d'Empire. À la retraite, l'officier était assuré d'une place aux Invalides ou dans un des deux camps de vétérans où des domaines lui étaient attribués, et d'une pension qu'il pouvait cumuler avec celle d'un emploi civil ; en 1811, un décret impérial leur donnera même la préférence pour certains emplois dans les bureaux de l'administration civile. Le Code des honneurs et préséances rédigé par Napoléon réserva enfin une place de choix aux officiers : dans les cérémonies, un général de division passait avant un préfet, un général de brigade avant un sous-préfet et les simples officiers de garnison pouvaient disputer le rang aux membres des cabinets de l'administration préfectorale.
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