11. Les officiers de Napoléon et l'honneur
Les cadres furent à plus de 80 p. 100 des officiers sortis du rang, devant l'épaulette à leur bravoure et à leur ancienneté de service au cours des guerres de la Révolution. Napoléon voulait que leur nombre diminuât progressivement au profit des jeunes officiers sortis des écoles militaires, comme celles de Saint-Cyr ou de Polytechnique. Il désirait non seulement disposer d'officiers bien au fait des techniques militaires, mais aussi se servir d'eux pour parfaire son projet politique d'une « réunion des partis », c'est-à-dire d'un mélange de l'ancienne élite noble et de la nouvelle, la bourgeoisie issue en grande partie de la Révolution. Le corps des officiers serait un creuset pour la société des notables qu'il allait créer. Il y avait plus encore : Napoléon savait bien, en réaliste qu'il était, que cette société des notables devait avoir pour base la fortune, mais il se méfiait de cette richesse : « La richesse, disait-il au moment du Consulat, est en premier lieu le fruit du vol et de la rapine. Qui est-ce qui est le plus riche ? L'acquéreur de domaines nationaux, le financier, le voleur ? Comment fonder sur la richesse ainsi acquise une notabilité ? » Dans la société comme atomisée par la Révolution, où les individus se lançant dans une recherche effrénée du profit ne songeaient qu'à leurs intérêts personnels, des cadres, une hiérarchie étaient nécessaires ; il fallait donner une morale, un ressort à la société tout entière : n'était-ce pas dans les camps que l'on trouvait conservé, renouvelé le principe d'honneur, la vertu du sacrifice personnel à la collectivité qu'incarnait désormais Napoléon. Officiers, les jeunes notables apprendraient cet honneur et le transmettraient dans la suite de leur vie à leurs proches, à leurs clients, au peuple tout entier. Les institutions, comme celle de la Légion d'honneur, transposèrent dans la réalité la substance des discours sur la vertu militaire et civile prononcés dans les écoles militaires.
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