8. L'importance prise par la comptabilité nationale dans l'après-guerre
Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs raisons impératives ont incité les États à développer leur comptabilité nationale. Parmi elles, il y a les besoins de la reconstruction, qui posent des problèmes similaires à ceux de la guerre ; la conviction presque universelle (en grande partie grâce à l'acceptation des idées de Keynes) que l'État doit et peut maintenir le plein emploi et réduire l'amplitude des fluctuations de l'activité économique ; l'idée très répandue dans bon nombre de pays, en France notamment, qu'une partie significative de l'activité d'un pays, même en économie de marché, peut et doit être planifiée. La théorie keynésienne et l'expérience de la longue dépression des années 1930 ont donné une nouvelle force de conviction à l'idée selon laquelle le marché libre ne génère pas toujours, ni nécessairement, une demande suffisante pour assurer le plein emploi. L'idée dominante, chez les économistes, après la guerre, était que l'État devait surveiller les composantes de la demande finale (consommation, investissement privé et public, etc.) et veiller à ce que leur niveau global fût suffisant. Une telle idée du rôle économique de l'État ne pouvait être mise en pratique sans disposer de comptes nationaux complets et rapides.
À ces raisons s'en ajoute une foule d'autres venues par la suite. Citons le désir des différents secteurs sociaux de connaître l'évolution de leur pouvoir d'achat (dans le cadre, par exemple, des négociations collectives ou de la fixation des prix agricoles) ; le besoin de comparer l'évolution du revenu dans le cadre de la compétition entre capitalisme et communisme ; le besoin d'évaluer les répercussions des différentes politiques économiques, etc.
À cela s'ajoute, ces dernières années, le haut degré d'interdépendance économique qu'ont atteint les différents pays et qui exige, du moins pour certains, une croissance ordonnée du revenu mondial afin d'éviter des maux tels que l'inflation, les récessions prolongées, ou des déséquilibres trop marqués du commerce international.
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