3. Le revenu en tant que produit de l'agriculture : le point de vue des physiocrates
Ainsi, pour François Quesnay (1694-1774), fondateur de l'école physiocratique, seules les activités agricoles sont productives. Selon lui, l'agriculture est censée produire chaque année une masse de nourriture et de matières premières (laine, lin, cuir, etc.) qu'il appelle « reproduction », ou « produit brut », ou « revenu national ». Une partie de ce produit est utilisée pour remplacer les « avances » nécessaires à la culture (semences, réparation des outils, etc.) et pour entretenir les paysans ; le reste (le « produit net » ou « revenu net ») fait vivre les autres couches sociales (la noblesse et le clergé, les philosophes, les artistes, les artisans...). Citons-le : « La classe productive est celle qui fait renaître par la culture du territoire les richesses annuelles de la nation [...], la classe des propriétaires [...] subsiste par le revenu ou produit net de la culture, qui lui est payé annuellement par la classe productive [... et qui est] prélevé sur la reproduction qu'elle fait renaître annuellement. »
Dans l'analyse physiocratique, les ouvriers et artisans sont considérés comme non productifs. Ainsi, Mirabeau (1715-1789), ami de Quesnay et père de celui qui fut l'une des figures emblématiques de la Révolution française, écrit : « ... la classe d'ouvriers, dont les travaux, quoique nécessaires aux besoins des hommes et utiles à la société, ne sont néanmoins pas productifs ».
Les physiocrates français n'avaient pas pour autant comme idéal politique une société composée d'un maximum de cultivateurs (ce qui a pu être le cas pour certains de leurs disciples aux États-Unis). Leur objectif était le développement maximal de la civilisation. Puisqu'ils voyaient celle-ci comme vivant grâce au revenu net produit par le secteur agricole, les réformes politiques et fiscales qu'ils proposaient avaient pour but de maximiser ce revenu.
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