4. La finalité du rêve
Ces écrasements de choses vues, entendues, ces amputations de paysages, ces ablations et ces collages de visages et de corps, ces anachronies de personnages, de lieux, de conduites, ce sont des balayages de la surface des pensées du rêve par des flux d'énergie libidinale. La raison du rêve, c'est la dépense énergétique. A-t-elle une finalité ? Assurément, dit Freud : le rêve accomplit le désir que la réalité, la société, la loi interdisent.
Ici se fait sentir dans la pensée freudienne une légère ambiguïté, dont on s'apercevra qu'elle recouvre en fait une véritable dualité des figures de référence : cet accomplissement, comment faut-il l'entendre ? Est-il pure dépense énergétique, sans autre finalité que « machinique » (G. Deleuze) ? Procède-t-il au contraire des règles de la mise en scène spectaculaire (A. Green) ? Est-il obtenu par simple décharge, ce qui renverrait le rêve à la grande figure dionysiaque, ou bien passe-t-il nécessairement par la représentation, ce qui permet de le repérer a contrario dans le dispositif du discours judaïque ? Les deux figures sont présentes chez Freud.
Toujours est-il qu'il existe un principe qui fait que l'énergie ne peut pas se donner cours et épanchement dans le système de canalisations auquel correspondent les activités de perception, de parole et d'action communes aux hommes, un principe qui fait donc que nous ayons à rêver. Cet agent de rébellion, c'est le principe de plaisir, c'est le modèle de la jouissance sexuelle comme accomplissement du désir ; c'est l'incompatibilité, pour Freud irrémédiable, entre, d'une part, la poussée à la décharge à tout prix qui fait passer les masses d'énergie bloquée par n'importe quelle voie, même par régression, à contre-voie, en sens interdit, jusqu'à raviver de façon hallucinatoire des traces mnésiques en l'absence des excitants réels, et, d'autre part, un principe de conservation de l'appareil psychique et d'épargne d'énergie qui permet un rapport institutionnel stable avec le monde extérieur et a […]
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