3. La dérestauration
La question de la dérestauration préoccupe désormais les restaurateurs, conscients du danger auquel les restaurations abusives exposent les œuvres. Sujet assez riche pour avoir suscité deux colloques internationaux, l'un à Munich en 1971, l'autre à Toulouse en 1980, la dérestauration, que l'allemand dénomme avec une nuance plus exacte Entrestaurierung, se définirait comme l'élimination des éléments apocryphes, hérités des interventions précédentes. Pourtant, les expériences tentées ont toutes amené à reconnaître, ce qui est logique, que soustraire les compléments ajoutés ultérieurement n'équivaut pas à restituer son authenticité à l'original. Toute intervention, de restauration, de dérestauration, doit prendre un parti. L'objet libéré des adjonctions ne peut être présenté dans sa pureté d'épave ; il nécessitera une nouvelle restauration.
• La dérestauration de conservation
Prenons le cas le plus évidemment justifié de dérestauration, celle qui est imposée par la conservation de l'objet. Les broches de fer d'une statue de pierre ou de marbre, en rouillant, provoquent des ruptures qui compromettent la sauvegarde, la statique, l'aspect esthétique de l'œuvre. Les Chevaux de Marly, à Paris, ou l'Apollon du Belvédère, à Rome, en sont des exemples récents et clairs. La dérestauration s'impose : elle consistera à éliminer les éléments de fer, pour les remplacer par une armature d'acier inoxydable. Des peintures murales comme celles du palais des Papes d'Avignon dont les lacunes ont été bouchées au plâtre doivent impérativement être libérées de cet élément étranger, facteur d'accélération des dégradations. Pourtant, ces lacunes avaient été réintégrées, c'est-à-dire retouchées, par un restaurateur célèbre, Yperman. La décision de dérestauration, justifiée par la conservation, a condamné le témoignage historique et artistique de la précédente intervention. De plus, elle a restitué un état tellement mutilé que les exigences esthétiques actuelles ne peuvent s'en satisfaire et qu'une nouvelle restauration par réintégration est nécessaire.
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