3. Une dilution institutionnelle et sociale de la responsabilité
De façon surprenante, pour les institutions de recherche, la responsabilité du chercheur se réduit essentiellement aux « bonnes pratiques » : éviter les accidents de laboratoires (produits dangereux, contaminations...), respecter la déontologie (observer la réglementation sur la recherche animale, ne pas frauder...), « produire » des résultats en quantité et qualité définies par des normes (nombre d'articles publiés dans des revues plus ou moins réputées), ces normes étant les éléments de l'évaluation supposée objective des chercheurs. Les grandes institutions de recherche (C.N.R.S., I.N.S.E.R.M...) ont créé en leur sein des comités d'éthique et de contrôle chargés de veiller à ces obligations des chercheurs. Mais il n'entre pas dans les préoccupations de tels comités de s'interroger sur les conséquences des recherches sur la société. De plus, ces comités sont principalement constitués de personnes qui partagent une conception valorisante et peu critique du rôle de la science dans la société.
La recherche scientifique occupe aujourd'hui des armées de spécialistes qui savent chacun beaucoup dans leur domaine très étroit, de plus en plus pointu, et qui diffèrent largement du savant, sûrement un peu mythifié, des siècles précédents. Ces scientifiques appartiennent à des organismes structurés et hiérarchisés qui orientent les thèmes de recherche selon des choix prioritaires. D'où deux conséquences pour le chercheur : sa liberté n'est que relative puisqu'il œuvre dans des sentiers balisés et sa responsabilité semble dégagée puisque les options sont décidées en haut de l'appareil. Le collectif des scientifiques (les institutions de recherche, les directions thématiques...) semble peu pertinent pour assumer la responsabilité des travaux, les responsabilités étant définies et mesurées par les règlements, si bien que chacun peut s'honorer de respecter la loi même si c'est en négligeant la morale. Peut-être le cherch […]
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