2. Un roman philosophique foisonnant
Dans ce livre qui cultive volontiers le paradoxe et qui passe du roman épistolaire au dialogue rapporté, de la parodie au journal intime, de l'érudition littéraire à une réflexion, aux limites de l'essai, sur l'exil – cette « longue insomnie » –, sur la mémoire, l'utopie et l'écriture de l'histoire, les personnages s'interrogent constamment sur l'éventualité d'une coïncidence entre l'ordre du récit et celui de la vie, sur « l'étrange connexion entre les livres et la réalité ». Tardewski suggère qu'en 1910 Hitler et Kafka se seraient rencontrés dans un café littéraire qu'ils fréquentaient tous les deux à Prague. Dans ces conditions, les récits de Kafka ne sont-ils pas une mise en fiction précoce des théories du futur Führer ? Ce roman labyrinthique, frappé d'« avidité digressive », où les discours semblent devoir s'emboîter à l'infini, tente de jeter quelque lumière, tamisée par le spectre de la censure, sur ces « périodes obscures où les hommes semblent avoir besoin d'air artificiel pour pouvoir survivre ».
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