4. La pensée saint-simonienne et les réseaux
En dépit de ces quelques succès, lents et limités, chez les médecins et les ingénieurs territoriaux, en dépit de la préexistence d'un véritable réseau national – le réseau postal –, la métaphore réticulaire n'aurait probablement pas poursuivi ses conquêtes si elle n'avait été à partir de 1830 au cœur de la pensée de l'école saint-simonienne. Il semble bien que, chez le maître lui-même, la vision organiciste du réseau ait été particulièrement féconde. Le double principe de la multiplicité des relations et de la circulation génère les idées et les projets les plus grandioses. A priori, tout peut être mis en relation avec tout et engendrer un mouvement de circulation des personnes, des biens, des capitaux, des idées, du savoir. Ce principe s'accompagne d'ailleurs chez Saint-Simon d'une pensée originale sur la contradiction entre solide et fluide. La contradiction tient au fait que l'organisation implique une certaine solidité alors que la fluidité est nécessaire à la vie, à ses changements incessants. Elle trouve sa résolution dans une circulation (fluide) à travers des tuyaux, des tubes, des canaux, des vaisseaux, caractéristiques d'une structure solide.
On comprend mieux ainsi la mobilisation des disciples de Saint-Simon, Enfantin, Lainé, Clapeyron, Flachat et surtout Chevalier pour la promotion des réseaux : réseaux bancaires et financiers, routes, canaux, lignes maritimes, chemins de fer. Le réseau n'est plus ici seulement un concept opératoire, il est le vecteur d'une philosophie et même d'une mystique de la communication généralisée. Entre la dimension topologique originelle, issue du textile, et la dimension circulatoire, agrégée par la médecine au début du xixe siècle, la dernière se trouve majorée (encore que Michel Chevalier donnât toute son importance à la connexion). En même temps, le terme acquiert une charge positive : le réseau signifie désormais plus que tout libre circulation et libre communication, et il est réputé pré […]
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