2. Postes, routes et fortifications : à l'origine des réseaux nationaux
L'anatomie et la médecine françaises ont entrevu dès le xviiie siècle l'intérêt du concept de réseau. À vrai dire, sans que le mot fût employé, un authentique réseau innervait déjà depuis bien longtemps le « corps » national français. La poste, dont le principe était déjà mis en œuvre par les Celtes, fut très tôt, en tout cas dès le xve siècle, organisée comme un réseau étendu à l'ensemble du territoire national. Soigneusement réglementé, accéléré sous Louis XI par la multiplication des relais, le système est de plus en plus performant et de plus en plus utilisé. Au moment de la Révolution française, le service est tout à fait remarquable pour les conditions de l'époque. Que l'on songe à la centaine de grands courriers quittant chaque jour Paris pour rejoindre Brest, Bordeaux ou Toulouse en moins de sept jours ! Que l'on songe qu'à la même époque tout habitant de la campagne se trouve à moins d'une demi-journée de marche d'un point de communication où il peut envoyer ou recevoir une lettre ! En d'autres termes, à la lumière de la métaphore anatomique qui, au début du xive siècle, instaure le réseau, le service de la poste mérite sans conteste le nom, qu'on ne tardera guère à lui attribuer, de réseau postal.
La maturation sera bien plus longue dans un autre domaine, celui que l'on dénommerait de nos jours l'aménagement du territoire. La construction des routes, des ouvrages de défense, d'adduction d'eau et l'assainissement des villes, tous équipements qui appellent aujourd'hui sans conteste l'emploi du terme réseau, se réalise en France pendant tout le xviiie siècle et au début du xixe sans que les ingénieurs pensent « réseau ».
En ce qui concerne les routes, malgré la création au milieu du xviiie siècle d'une administration royale des Ponts et Chaussées, une vision locale prédomine, alors même que se constitue l'essentiel de ce qui deviendra le réseau routier français. La limitation des financements, […]
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