2. République et élites face au peuple
La République sera toujours désormais celle d'un peuple. Cependant, des historiens et des sociologues, nous apprennent que la République française a tour à tour été la « république des notables », la « république des universitaires » (Christophe Charle) ou encore la « république des professeurs » (Albert Thibaudet), etc. L'intégration d'un grand nombre d'individus dans l'espace de la souveraineté, grâce au suffrage universel, n'exclut pas en effet que certains groupes sociaux assument un rôle dominant dans la république et l'État, sans pour autant posséder le statut de citoyen magistrat de l'Antiquité.
Si toute république moderne n'existe que par un peuple qui s'en réclame, sa mise en œuvre suppose la mobilisation d'élites sociales qui l'invoquent pour légitimer leur action. L'inégale participation des citoyens dans l'espace du politique renvoie à des différences sociales qui produisent un effet que Daniel Gaxie n'hésite pas à qualifier de « cens caché » (1978). Si ce cens est caché, il n'en est pas moins réel. Il explique largement que la république soit perçue et appréhendée très différemment selon que l'on est « faible » ou « puissant ». La permanence de cette situation explique sans doute que la notion de république fasse toujours l'objet de définitions contradictoires et équivoques.
À bien des égards, la construction de l'Union européenne illustre ce constat. Il ne s'agit pas d'une « autre histoire », mais bien plutôt d'une histoire dont la geste se perpétue.
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