2. De la guerre d'indépendance au Marché commun
• « Les quatre années glorieuses »
Entre le 3 et le 12 mai 1916, quinze des principaux chefs de l'insurrection de Pâques – dont Padraic Pearse, le poète, et James Connolly, le syndicaliste – sont passés par les armes. Près de deux mille suspects sont internés en Angleterre et au Pays de Galles. Les excès de la répression retournent une population qui avait, sur le moment, condamné cette aventure insensée : de fous et de criminels, les rebelles deviennent des héros et des martyrs. Alors qu'il est urgent de dégager une solution, le tortueux Lloyd George négocie un marché de dupes avec Redmond et Carson, et ignore superbement les recommandations de la Convention irlandaise pourtant réunie à sa demande en 1917. Résultat : le Sinn Fein, qui revendique un peu malgré lui la paternité de l'insurrection de Pâques, enlève coup sur coup trois élections partielles. Le 10 juillet 1917, notamment, Eamon De Valera est triomphalement élu dans le comté de Clare : dernier commandant de la rébellion de Pâques à avoir déposé les armes, condamné à mort, gracié et récemment amnistié, il personnifie l'intransigeance héroïque des insurgés. La fraction nationaliste la plus avancée le porte d'un même élan à la présidence du Sinn Fein et à celle des Volontaires Irlandais qu'un stratège de vingt-huit ans, Michael Collins, s'emploie à transformer en une véritable armée de guérilla. Dans ce climat pré-révolutionnaire, l'extension de la conscription à l'Irlande, décidée à Westminster le 16 avril 1918, relève de la provocation. En dehors de l'Ulster orangiste, c'est le tollé général : du Parti nationaliste au Sinn Fein en passant par l'Église, les syndicats et les corps constitués, l'opposition fait bloc. Pour briser cette résistance imprévue, Lloyd George expédie en Irlande le maréchal French qui prétexte un fumeux « complot allemand » pour arrêter et déporter une centaine de cadres du Sinn Fein et des Volontaires. Cette campagne d'intimidation ne sert qu'à conforter la position du Sinn Fein. Le fondateur du mouvement, Arthur Griffith, pourtant emprisonn […]
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