2. Répartition et redistribution
Une part du produit de la société est consacrée à son fonctionnement : appareil répressif (armée, police, justice) mais aussi éducation, santé et systèmes d'aides sociales (ne serait-ce que pour des raisons objectives de cohésion de la société, une trop grande pauvreté étant source d'une forte instabilité sociale). Les ressources nécessaires à ce fonctionnement sont obtenues de diverses façons, par le biais d'impôts ou plus largement de prélèvements obligatoires. Ces prélèvements sont souvent présentés, par leurs adversaires, comme étant à l'origine de distorsions, et donc d'inefficacité dans l'affectation des ressources. D'une part, ils fausseraient les signaux donnés par les prix et, d'autre part, ils réduiraient les incitations (à produire). Pour que ces arguments portent vraiment, encore faudrait-il prouver que les prix hors impôts ont dans la réalité les mérites qu'on leur attribue en théorie et que l'effet sur les incitations est aussi important qu'on le dit (les motivations au travail sont loin d'être toujours et uniquement d'ordre pécuniaire).
Quoi qu'il en soit, dans les économies développées, la part des prélèvements obligatoires tourne autour de la moitié du produit intérieur brut. L'effet de cette considérable redistribution des revenus est complexe. Un impôt proportionnel à la dépense – comme la T.V.A. – affecte tout le monde de la même façon, alors que l'impôt sur le revenu, dont le taux augmente avec les tranches de revenu, est censé redistribuer les richesses des plus riches vers les plus pauvres. Pour évaluer cet effet, il faut toutefois tenir compte des contreparties et prestations (santé, éducation, retraites, par exemple) auxquelles ces prélèvements donnent lieu. Si, par exemple, elles bénéficient plutôt aux couches aisées de la population (en finançant, entre autres, les formations coûteuses d'élites, auxquelles n'ont accès que les enfants issus de ces couches), alors l'effet redistributif est limité, et peut même jouer dans l'autre sens. Une remarque similaire peut être faite à propos des retraites et des dépenses de santé, dès qu'on tient compte du fait que l'espérance de vie diffère d'une couche à l'autre de la population – les ouvriers, par exemple, ont la même durée de cotisation que tout le monde, mais bénéficient moins longtemps des prestations en raison d'une durée de vie moindre.
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