D'une famille de robe mais d'ancienne extraction chevaleresque, fils aîné d'un lieutenant de police de Paris, il fut garde des Sceaux pendant la Régence. Il était petit et laid, d'un caractère sérieux et réfléchi, mais sans aucun brillant : d'Argenson la Bête, disait son père ; un balourd, jugeait Saint-Simon ; gauche en compagnie pour le duc de Luynes ; d'une conversation basse et triviale selon Grimm ; peu apprécié donc à la cour et à la ville. Il doit à son père une carrière administrative, ordinaire pour un homme de sa naissance : en 1715, il est conseiller au Parlement de Paris ; en 1721, marié à la fille de l'intendant de Lille, il est maître des requêtes et intendant à Valenciennes ; en 1725, il revient à Paris comme conseiller d'État. Il est candidat aux grands emplois, mais le cardinal Fleury le tient à l'écart. Il se méfie de l'ami de Voltaire qui traite légèrement la religion, de l'épicurien ennemi du mariage et homme à bonnes fortunes, de l'adhérent au club de l'Entresol, société politique et littéraire « où nous frondions tout notre soûl ». Argenson est un esprit spéculatif, chimérique même. Il ne cesse, travailleur acharné, de lire et d'écrire : il rédige au jour le jour ses Mémoires ; il note des extraits de ses lectures et ses jugements sur les auteurs ; il compose des dissertations sur les grandes affaires politiques et religieuses. En 1737, c'est son Traité politique, où il expose ses vues sur un nouvel arrangement européen et la place que la France doit y tenir. En 1744, il parvient enfin au ministère des Affaires étrangères. Opposé par tradition à la maison d'Autriche, il trouve la guerre de Succession au point où chacun des participants veut négocier. Il relance le conflit, vise l'écrasement de l'ennemi, mais s'embrouille dans d'inutiles négociations en Italie. Victime d'intrigues de cour, de la jalousie de ses collègues et de ses théories jusqu'au-boutistes, il est renvoyé en 1747 et se confine dans une retraite studieuse : il compose alors son principal ouvrage […]
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