3. Un « art total »
Au terme de trois années d'un travail acharné, de 1892 à 1895, multipliant les essais techniques de toutes sortes, dessinant, modelant..., il trouve ce qu'il cherchait : « faire quelque chose qu'on n'aurait pas encore vu ». Les résultats ne se font pas attendre. Il participe aux Salons parisiens : en 1894, avec une couverture de carton à musique sur le thème des Walkyries, en 1895 avec une agrafe de style Renaissance ornée d'une femme nue en or ciselé, jugée « scandaleuse » par la critique. En 1898, il expose un ensemble de bijoux qui représente un véritable répertoire typologique, thématique et technique de son œuvre : peignes en corne – une matière inhabituelle en bijouterie –, diadèmes et ornements de corsage, pendants de cou et broches, bagues et bracelets, plaques de colliers de chien – une nouveauté dans la parure féminine –, réalisés en or, en émail, enrichis de pierres de couleur avec une prédilection pour les gemmes bleutées – opales, pierres de lune... – voués au culte de la nature sous tous ses aspects et de la femme, à travers la culture symboliste.
À l'occasion du Salon de 1897, le verrier Émile Gallé, de quatorze ans son ainé, découvre le talent unique de Lalique, « inventeur du bijou moderne ». Dans un article d'anthologie, il réfute le fossé qui sépare les « arts majeurs » – les beaux-arts – des arts « dits mineurs », considérant René Lalique comme un « artiste » à part entière et ses objets comme des œuvres d'art. À l'égal de Cellini à qui ses contemporains (le poète Robert de Montesquiou en particulier) le comparent volontiers, René Lalique est parvenu à un « art total ».
Le choix des œuvres présentées par René Lalique lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris est à la hauteur de l'enjeu de la manifestation, une confrontation internationale qui se veut la synthèse du xixe siècle. C'est le bilan de cinq années au cours desquelles il a créé une parure complète de la femme, dont elle est à la fois le sujet privilégié et l'objet, e […]
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