4. Goscinny derrière son œuvre
Goscinny n'a cessé de vivre douloureusement ses échecs comme ses réussites. Pendant la guerre, encore adolescent, il avait voulu revenir en France pour se tenir auprès de parents, dont certains disparurent dans les camps de concentration. La mort subite de son père l'en avait empêché. La disparition d'une partie des siens laissa un vide que son activité frénétique ne parvint pas à combler. Une de ses histoires courtes, mise en images par North et publiée dans Pilote en 1974, nous permet de mesurer l'ampleur de son désespoir. À partir d'une fiction mettant en scène résistants et troupes d'occupation, il imagine une série d'actions contrariées par d'imprévisibles accidents de la route. Pour conclure sa démonstration sur « L'Ironie du sort » (titre de cette courte histoire), il remonte à la veille de la Première Guerre mondiale et tend à démontrer que si l'automobile de l'archiduc François-Joseph n'avait pas démarré par suite d'une panne d'allumage « il n'y aurait pas eu d'attentat, la guerre de 1914-1918 n'aurait pas eu lieu. Le destin de l'Allemagne aurait été différent. Le nazisme n'aurait peut-être pas existé... et, par conséquent, il n'y aurait pas de film sur l'Occupation ! ». Peut-être n'y aurait-il pas eu, non plus, un Goscinny transformant son désespoir d'être encore là en personnages pour rire, pour calmer la douleur de survivre à ce qu'aucun événement n'a pu empêcher. Goscinny meurt le 5 novembre 1977 au cours d'une série de tests destinés à mesurer sa résistance à l'effort.
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