3. Les développements de l'hypothèse
Girard a beaucoup écrit. Il s'est mesuré aux objections, les a suscitées, a cherché de nouveaux champs d'exercice de sa théorie et de vérification de ses thèses, de l'ethnologie à Shakespeare (l'un de ses grands inspirateurs, avec Dostoïevski), de la question de l'hominisation ou de la domestication des animaux (qu'il éclaire en supposant que les animaux ont été originellement rapprochés des hommes pour les préparer à être sacrifiés) à celle de l'origine du langage, ou en cherchant le débat avec d'autres grands interprètes, comme Lévi-Strauss ou Clausewitz. Dans un livre débridé et riche, il fait de ce dernier une lecture très complète, lui emprunte l'idée de « montée aux extrêmes », réexamine à sa lumière les rapports franco-allemands et la diffusion mondiale de la violence, et, avoue-t-il lui-même, « encercle sa pensée dans une perspective apocalyptique ». Chacun de ses ouvrages relance le débat tout en répétant l'intuition centrale de la violence unanime. D'où des livres d'entretiens, parfois d'une extrême clarté et d'une grande ouverture d'esprit. Girard n'a sans doute pas créé un champ scientifique, comme Darwin (et à certains égards Freud). Proche des écrivains qui l'inspirent, il l'est aussi d'essayistes comme Caillois, Bataille, Canetti. Mais son hypothèse, élaborée et exposée avec verve (avec drôlerie souvent), passion et courage, aborde de grandes questions de notre temps. Quiconque veut reprendre la question du sacré, du devenir de la religion, de la libération à l'égard de la violence, de la diversité même des formes culturelles, doit rencontrer cette œuvre, se confronter à son ambition et à sa passion argumentative.
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