2. Du mimétisme à la violence
Le deuxième ouvrage, La Violence et le sacré, suit le premier de onze ans (si l'on excepte un ouvrage sur Dostoïevski paru en 1963). Cette fois, l'analyse du désir mimétique ne se cantonne ni au roman, ni au plan des relations entre les individus. Elle s'appuie désormais sur la tragédie grecque, et vise à reconstituer l'histoire des sociétés et des cultures, alors que le premier mouvement de la théorie de René Girard visait le présent et éventuellement l'avenir des sociétés modernes : un chapitre de Mensonge romantique et vérité romanesque, inspiré de Proust, décrivait les relations internationales, y compris les guerres les plus féroces, sous l'angle du snobisme et donc de l'individualisme ; et affirmait qu'« il y a totalitarisme lorsqu'on parvient, de désir en désir, à la mobilisation générale et permanente de l'être au service du néant ».
Le « mécanisme » découvert et exposé dans La Violence et le sacré est celui de l'élection d'une victime qui se voit divinisée après avoir été sacrifiée. Girard part de textes littéraires ou ethnographiques, ou de la relecture d'essais de Freud, en particulier Totem et Tabou, qu'il réhabilite en partie, dans un développement brillant, patient, empreint finalement d'une grande sympathie à l'égard du génie du fondateur de la psychanalyse. Girard « révèle » une scène archaïque et fondatrice dont il ne peut exister de compte-rendu direct, mais dont il affirme qu'elle explique de façon rationnelle et complète l'ensemble des rituels, en particulier le sacrifice, mais aussi l'universalité d'objets comme les masques, ou de croyances hallucinatoires aux « doubles », aux monstres. Cette scène que les sociétés rééditent dans des rituels met aux prises l'ensemble des membres d'un groupe qui, plongés dans une crise née de l'affolement du désir mimétique (lorsque, comme chez Hobbes, tous sont en lutte contre tous), risquent de détruire leur communauté même. Le meurtre d'une victime de rencontre par la communauté dès lors rassemblée, autrement […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



