Auteur discret, René de Obaldia sème derrière lui livres et pièces avec un air de désinvolture qui lui vaut une place marginale dans les lettres contemporaines. Cet humoriste refuse de se prendre au sérieux, même comme écrivain. Il n'empêche qu'il est l'un des auteurs de théâtre les plus joués dans le monde entier.
Obaldia est né en Chine, à Hong Kong, d'une mère française et d'un père panaméen. Il a été élevé en France, où il a fait des études classiques. Après quelques courts textes poétiques (Les Richesses naturelles, 1952), il publie un roman : Tamerlan des cœurs (1955). Le héros, Jaime Salvador, un jeune écrivain, mêle les épisodes de sa vie personnelle et ceux de l'histoire de France. Fugue à Waterloo et La Passion d'Émile (1956) valent à Obaldia le grand prix de l'Humour noir. L'auteur raconte, sur le mode fantaisiste, les tourments de la paternité. Il avouera par la suite, lors d'une réédition, qu'il tient La Passion d'Émile pour l'une de ses œuvres les plus exemplaires. Avec Le Centenaire (1959), Obaldia présente le journal intime d'un vieillard.
À partir de 1960, l'auteur se tourne vers le théâtre, où il connaît ses plus grands succès. Génousie (1960) reçoit le prix des U et le prix de la Critique. Le public est étourdi par la verve et la fantaisie de l'auteur. On cite à son propos Giraudoux, mais Obaldia montre une vision plus tragique de l'existence. Du vent dans les branches de sassafras (1965), « western de chambre », permet à Michel Simon de faire l'un de ses derniers grands numéros d'acteur. La Baby Sitter (1972), Monsieur Klebs et Rozalie (1975), Les Bons Bourgeois (1980) et Grasse Matinée (1981) tirent davantage vers le Boulevard. Mais la grande popularité internationale d'Obaldia tient surtout à de courtes pièces, écrites pour se divertir lorsqu'il était responsable du centre culturel de Royaumont et qui ne cessent d'être montées depuis leur parution : l'auteur les a rassemblées sous le titre d'Impromptus à loisir (1961). Il a également publié des mémoires (Exobiographie, 1993) et des recueils de poésie (Innocentines, 1969 ; Sur le ventre des veuves, 1996). Il a été élu en 1999 à l'Académie française.
Jean-Pierre ÉNARD
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