4. Fontainebleau et l'art de cour
Le château de Fontainebleau, qui se développe sans cesse jusqu'en 1570 en fonction des besoins changeants des souverains, ne sera jamais une grande œuvre d'architecture, mais il reste le lieu des grandes inventions décoratives et devient même, à partir des années quarante, le centre d'une activité artistique multiforme. Primatice, qui dirige toute la décoration du château de 1540 à 1570, couvre les murs de compositions mythologiques sensuelles et raffinées qui auront une influence énorme sur la peinture française du xviie siècle. Dans la galerie d'Ulysse, son chef-d'œuvre, il évoque avec une invention inépuisable les dieux et les héros au milieu d'un immense décor de grotesques légers et lumineux.
Parallèlement, le système décoratif né dans la galerie François Ier demeure très vivant : il inspire les graveurs qui multiplient les planches d'ornements ainsi que les orfèvres, les émailleurs, les huchiers, les illustrateurs de livres ou de manuscrits qui comprennent vite quel parti ils peuvent tirer du foisonnement ornemental imaginé par Rosso. Enfin, des personnalités indépendantes inventent des combinaisons nouvelles, tel le maître d'Oiron qui associe des « tableaux » de grandes dimensions aux « cadres habités » venus de la galerie François Ier et au trompe-l'œil cher à l'Italie.
Malgré la diversité des partis décoratifs, le grand nombre des techniques utilisées et le caractère cosmopolite d'un milieu qui réunit des artistes italiens, français, flamands, les productions de l'« école de Fontainebleau » présentent une grande unité, parce qu'elles ont en commun une certaine conception de la figure et de l'ornement. Les figures, idéalisées, disposées dans des poses volontairement compliquées, deviennent ornementales sans perdre leur sensualité ; les ornements, très denses, paraissent surgir les uns des autres comme s'ils possédaient une vie interne, analogue à celle des figures. Le monde irréel qui naît de cet accord n'ayant aucun équivalent en Italie (où la figure humaine conserve toujours la prima […]
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