Ancien stagiaire à l'Atelier de la recherche patiente à Paris (Le Corbusier, 1936-1937), esprit critique, aigu, caustique, volontiers frondeur, humoriste à ses heures (ses carnets de croquis en témoignent), l'architecte anversois Renaat Braem, professeur d'urbanisme (1947-1989) à l'Institut supérieur d'architecture d'Anvers, est assurément une personnalité forte et très « artiste » : il est en effet également peintre et sculpteur. Il s'est attaché, dès l'origine (1936), à voir, à sentir et à élaborer l'architecture comme phénomène plastique et humain, démarche sociopolitique, totalité lyrique et formelle intensément vécue sur le fond du rêve et dans la dimension de l'utopie. C'est pourquoi son œuvre — allergique au fonctionnalisme doctrinal issu de la charte d'Athènes, tournée, plutôt, vers la densité « déviationniste » de Scharoun, de Häring — est toujours ambiguë : elle oscille du rationnel à l'irrationnel, immerge l'irrationnel dans le rationnel, associe la plénitude baroque (son goût pour le modern style articule une pratique, son admiration pour Gaudí stimule un style de vie) à la clôture classique, la poétique de l'œuvre ouverte à celle de l'œuvre fermée (habitation Brauns […]
