S'il fut un esprit attentif jusqu'à la passion au « paysage littéraire » (l'expression est de lui) de son temps, c'est bien Remy de Gourmont pour qui « la littérature est peut-être avec la religion la passion abstraite qui secoue le plus violemment les hommes ». En plein essor de la « littérature industrielle », Gourmont choisit son camp, celui du petit nombre de ceux qui, en cette fin du xixe siècle, oscillèrent entre la religion et l'art : stylites et stylistes capables de dissocier de l'« art Ripolin » et de l'« art social » l'idée d'un « art pur qui se soucie uniquement de se réaliser soi-même » (La Culture des idées). Le meilleur de Gourmont tient à cette conception tout à la fois « idéaliste », individualiste et anarchiste de l'art (« L'art est libre de toute la liberté de la conscience ») qu'il a développée dans plusieurs essais : L'Idéalisme (1893), La Culture des idées (1900), Le Problème du style (1902). C'est dans Le Livre des masques (1896) et Le Deuxième Livre des masques (1898) que cet antinaturaliste militant dresse l'inventaire de sa famille spirituelle et littéraire, qui comprend toutes les figures illustres et méconnues du symbolisme, jusqu'à Gide, Fénéon et Schwob.
Dès 1892, la position unique qui fut la sienne dans son siècle, il l'occupe rétrospectivement dans la littérature mystique de langue latine qui va du iiie au xive siècle et qui est l'œuvre de ces barbares et décadents désormais obscurs, et dont les troubles homélies contre la chair excitent ses propres « rêves contradictoires ». Agrandissement érudit du fameux chapitre iii d'À rebours (1884), Le Latin mystique, les poètes de l'antiphonaire et la symbolique au Moyen Âge (1892), préfacé par Huysmans, est aussi pour Gourmont une façon d'aveu.
Deux ans plus tôt, la publication de Sixtine, roman de la vie cérébrale (1890) marque la naissance d'un pré-Teste attaché à réduire méthodiquement le sum au cogito, et, en bon lecteur de Schopenhauer, le monde à sa représentation : « Quel spectacle vaut celui du cervea […]
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