3. Les caractéristiques de la société internationale contemporaine
Chacune de ces explications contient évidemment sa part de vérité. Leur diversité témoigne de la complexité des phénomènes internationaux et démontre, s'il en était besoin, que les problèmes qu'ils soulèvent ne sont pas, par leur nature, foncièrement différents de ceux qui se posent dans n'importe quelle société. Mais ces déterminismes s'excluent mutuellement les uns les autres et, par la même, se détruisent en tant qu'explication scientifique. C'est pourquoi il importe moins d'opter en faveur de l'une ou de l'autre de ces interprétations que de rechercher comment celles-ci se combinent, à un moment donné, pour permettre de qualifier tel ou tel stade d'évolution de la société internationale. Car s'il y a, dans l'histoire des relations internationales, des structures permanentes ou au moins fort stables (comme la juxtaposition de collectivités politiques séparées par des frontières), la part respective des différents facteurs qui commandent le volume et l'orientation des échanges varie considérablement d'une époque à l'autre.
Le monde n'a certes pas commencé en 1945, ni en 1914 ; mais il a probablement plus changé au cours de la seconde moitié du xxe siècle qu'au long des deux ou trois siècles précédents. La montée de nouvelles puissances (États-Unis, Japon, Chine) et la décolonisation n'ont pas seulement marqué la fin de la domination européenne ; elles illustrent l'universalité des relations internationales auxquelles participent désormais toutes les populations du globe. Mais ces relations se déroulent aussi dans un espace dont l'homme commence seulement à découvrir les limites : espace clos physiquement par l'occupation et la mise en exploitation de presque toutes les terres habitables, politiquement par l'extension du modèle étatique à toutes les collectivités, économiquement par l'épuisement inéluctable de certaines ressources vitales du fait de leur exploitation intensive ou de leur destruction par la pol […]
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