Né en 1923 à Görlitz (Saxe), Reinhart Koselleck entreprend, après la guerre, des études à Heidelberg où son intérêt pour des disciplines aussi diverses que l'histoire, la philosophie, le droit constitutionnel et la sociologie lui assurera cette culture encyclopédique dont témoigne le choix de ses thèmes ultérieurs comme l'ensemble de son œuvre. Enseignant aux universités de Bochum puis de Heidelberg et de Bielefeld, il contribue à faire de cette dernière, une université dite « de réforme » fondée en 1969 dans un esprit résolument critique, pluridisciplinaire et européen. Longtemps membre du comité de direction du Z.I.F. (Centre international de recherche rattaché à l'université de Bielefeld), qu'il avait contribué à créer, il fut l'initiateur de groupes de recherches internationaux et l'organisateur de colloques d'auteurs qui firent date avec, pour invités, Norbert Elias ou Hans Georg Gadamer, dont il était proche. Plus tard, il a répondu à de nombreuses invitations, enseignant aux États-Unis, à Chicago notamment, et en France, à l'École des hautes études en sciences sociales et au Collège de France. En 1992, il a assuré la Conférence Marc Bloch à la Sorbonne. Membre de nombreuses académies, il était docteur honoris causa des universités d'Amsterdam et de Paris-VII et a reçu le prix d'histoire de la R.F.A. ainsi que le prix Marc Bloch et la médaille d'honneur de l'E.H.E.S.S. de Paris et du Collège de France.
En France, Reinhart Koselleck a d'abord été considéré plus comme un philosophe que comme un historien. Lui-même se définissait volontiers comme un « témoin du temps » et un « théoricien de l'expérience ». D'abord spécialiste de l'histoire politique et culturelle du xviiie siècle, il a renouvelé l'approche de la pensée des Lumières avec Kritik und Krise, paru en 1959 (trad. franç. : Le Règne de la critique, 1969). Contemporaine des travaux de Jürgen Habermas et du Max Weber de Wolfgang J. Mommsen, cette première publication, qui relate l'intensité de la crise conceptuelle marquant l'avèneme […]
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