Parce qu'expliquer c'est remonter du présent à ce qui l'a précédé, du composé au simple, la régression à l'infini est un procédé logique qui tente de rencontrer une limite ou un terme premier ne dépendant plus d'aucune condition. L'impossibilité d'accomplir ainsi la régression, s'agissant d'un tout infini, est un argument sceptique, tandis que des dogmatistes assurent l'intelligibilité de l'univers en posant une limite à l'espace, un commencement au temps, un élément indivisible au composé, un premier moteur au mouvement (Aristote) : un inconditionné. L'originalité de Kant consiste à donner une tout autre portée à ce vieux débat, à propos de l'idée du monde pris comme totalité, le Cosmos. D'abord le conflit est situé dans l'usage même de notre raison lorsqu'elle totalise notre expérience des phénomènes donnés dans l'espace et dans le temps, liés selon les catégories de l'entendement en un Cosmos, thème de la cosmologie rationnelle ; un conflit en surgit, qui manifeste le caractère dialectique, c'est-à-dire l'insurmontable contradiction de cette totalisation. De l'application au Cosmos des catégories de la qualité et de la quantité surgissent les antinomies mathématiques : les thèses affirment, les antithèses nient que le monde ait un commencement dans le temps et une limite dans l'espace, qu'un composé se réduise en parties simples ; selon la relation s'opposent l'affirmation et la négation d'une causalité libre, selon la modalité, celles d'un être nécessaire (antinomies dynamiques). Pas plus la thèse finitiste que l'antithèse infinitiste ne peuvent se démontrer directement : au moyen d'un raisonnement hypothétique chacune réfute l'adverse. Mais que les thèses posent l'inconditionné, ou que les antithèses déploient la série infinie des conditions, toutes oublient que notre expérience s'inscrit à l'intérieur d'un temps successif, d'un espace où les parties extérieures se juxtaposent indéfiniment ; l'idée d'un Cosmos donné comme totalité ou comme série infinie déployée est u […]
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