Le terme de réflexe, sous sa forme latine de motus reflexus, a été introduit dans la langue scientifique du xviie siècle par W. T. Willis (1621-1675). Cet auteur voulait signifier ainsi qu'une partie des informations sensorielles transportées par les « esprits animaux » pouvaient refluer (refluere) vers les muscles pour provoquer un mouvement. Cependant, ce n'est qu'au cours du xviiie siècle que la notion de réflexe, au sens où on l'entend aujourd'hui, se dégagera, spécialement à partir des expériences de S. Hales qui, vers 1730, montrait qu'une grenouille décapitée retirait sa patte lorsqu'on la pinçait ou l'irritait et que ce mouvement disparaissait après destruction de la moelle.
Les expérimentateurs remarquèrent très vite un certain nombre de traits propres au mouvement réflexe. Tout d'abord, celui-ci apparaissait comme une sorte de caricature d'un acte moteur normal ; modèle simplifié de celui-ci, il offrait un moyen de choix pour en tenter l'analyse. D'autre part, il frappait par son caractère de fatalité (une stimulation causale d'intensité suffisante, chaque fois qu'elle était appliquée, amenait la réponse), mais aussi par son apparente finalité : le doigt trop chauffé se retire, la toux se déclenche quand un objet étranger risque de venir obstruer les voies respiratoires, la fréquence respiratoire s'accroît lorsque la quantité d'oxygène de l'air diminue, etc. En réponse à une situation immédiatement ou potentiellement dommageable, l'organisme réagit par un acte moteur plus ou moins complexe qui va le protéger contre cette menace. Ces diverses caractéristiques expliquent facilement pourquoi les neurophysiologistes se sont spécialement attachés à l'étude des réflexes, en particulier médullaires. Dès le début du xixe siècle, Marshall Hall (1790-1857) démontra la possibilité de leur contrôle par la volonté et leur exaltation après destruction des centres supérieurs. F. Magendie (1793-1855) mit en évidence les rôles respectivement sensitif et moteur des racines nerveuses rachidiennes dorsales […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



