1. Les origines de la recherche organisée : l'institutionnalisation de la science
La science moderne est le produit d'une longue mutation accomplie, en Europe, sur environ quatre siècles à partir de l'époque de Galilée. Elle a apporté à nos sociétés à la fois une méthode pour étudier la nature et une vision nouvelle du rapport de l'homme à l'Univers et à la matière que l'on qualifie souvent de « modernité ». L'explication des phénomènes naturels en termes mécaniques ou physico-chimiques, leur représentation à l'aide des mathématiques sont les fondements de cette « modernité » qui allait contribuer à l'avènement, au xviiie siècle, de l'ère industrielle. L'Europe a été le foyer où est née la science moderne ; la pensée scientifique s'est formée en Occident en bénéficiant d'un important héritage oriental, transmis en particulier par l'islam. Grâce à des érudits arabes, notamment Avicenne et Averroès, les Européens redécouvrirent, au xiiie siècle, la pensée grecque et en particulier le système d'Aristote qui constitua le fondement de l'enseignement des universités médiévales. L'émergence en Europe d'une science moderne fut contemporaine de l'apparition, à la Renaissance, d'un monde de marchands et de comptables, et l'idée que la science pouvait devenir l'élément central d'une conception du progrès prit corps petit à petit. À partir du xvie siècle, des « utopies » apparurent qui donnaient une place importante à la science dans une vision à long terme de la société. Le philosophe anglais Francis Bacon conçut ainsi un grand projet dans La Nouvelle Atlantide (1627) : « La science peut et doit être organisée et appliquée à l'industrie, pour améliorer et transformer les conditions de vie. »
Si à la Renaissance l'activité des scientifiques était devenue autonome dans les universités, se distinguant de celle des théologiens et des philosophes (des chaires de science et de médecine avaient été créées), ce n'est qu'au début du xviie siècle que les collectivités de scientifiques vont s'organiser au sein des p […]
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