3. De la cause à l'effet du sublime
En transférant progressivement le sublime de l'objet au sujet qui le regarde, Burke ouvre la possibilité d'un art toujours en excès à l'égard du champ esthétique, un art du débordement qui fait du sujet l'agent même du sublime. Il est ce feu se propageant au spectateur dont il réclame l'entier engagement. Le dynamisme par lequel objet et sujet échangent leurs propriétés et qui trouve son ancrage dans l'imagination et le corps (dans la Critique de la facilité de juger, 1790, Kant qualifiera la Recherche d'« exposition physiologique ») se voit promis à de nombreux développements dans la sphère artistique mais aussi politique. On a souvent noté la tension entre la Recherche et les Réflexions sur la Révolution de France, le second grand ouvrage de Burke, publiés en 1790. Contre toute attente, Burke y condamne l'utilisation du sublime comme principe d'action politique et semble revenir, à trente ans de distance, sur les conséquences d'un processus qui a pour effet de transfigurer le spectateur au-delà de la raison.
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