2. Grandeur réelle et grandeur d'artifice
La Recherche abonde surtout en citations tirées de la littérature sublime et les artistes dans laquelle puiseront leur inspiration : Shakespeare (Delacroix), Milton (Blake et Füssli) ou la Bible (Turner et John Martin). La coexistence d'exemples naturels et littéraires – la peinture est peu traitée par Burke – explique l'ambiguïté de la réception de la Recherche : le sublime a-t-il trait aux objets représentés ou à la manière de les représenter ? Sur ce point, Burke prend soin de distinguer grandeur réelle et grandeur artificielle. L'obscurité, la succession, la répétition et l'uniformité d'une architecture (Étienne Louis Boullée s'en souviendra) suggèrent l'infini spatial bien plus que les simples dimensions d'un bâtiment. À cet égard, Burke s'associe par avance aux détracteurs du gigantisme des jardins paysagers et des panoramas. Contre cette vogue du frisson, nombre de paysagistes reprendront sa critique : « un plan qui n'est grand que par ses dimensions est toujours le signe d'une imagination basse et commune » (II, 10).
La valorisation de l'infini artificiel explique l'existence, qui n'est paradoxale qu'en apparence, d'un sublime des formes embryonnaires (petits animaux ou floraisons printanières), leur inachèvement laissant l'imagination suppléer à leurs manques. En art, l'incertain, l'informe et l'esquisse procurent un type de jouissance bien supérieur au « dessin le mieux fini » (II, 11). Le texte aboutit ainsi à une réévaluation de la représentation par rapport au représenté qui fait vaciller la théorie de l'imitation classique (V, 6).
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