2. Réalité et croyance
On n'a pas, en cet exposé, à se prononcer sur l'essence dernière de l'Être, mais à analyser la notion de réalité, à découvrir ce que signifie le mot réalité pour une conscience humaine. Or, il paraît incontestable que les précédentes analyses n'épuisent pas cette notion. Ici apparaît déjà la force du réalisme. C'est en vain que certains philosophes nous veulent persuader que la vérité scientifique est affirmée selon de purs critères de cohérence, de type mathématique, et que cette cohérence suffit à la fonder. La vérité scientifique ne saurait être définie indépendamment de tout rapport à ce qui existe en dehors de l'esprit connaissant. Sans doute les savants estiment-ils qu'ils n'atteindront jamais cette réalité extérieure de façon totalement adéquate : mais ils s'y efforcent, et la connaissance d'une telle réalité demeure l'idéal vers lequel tend toute pensée s'efforçant d'être vraie. La constante et laborieuse réadaptation des théories à l'expérience en est le signe et la preuve. La réalité, conçue comme un en-soi, reste donc bien le point de référence par rapport auquel les différents systèmes scientifiques (ainsi celui de Newton, ou celui d'Einstein) paraissent de plus en plus vrais.
Descartes n'a pas cru davantage que l'inspection de l'esprit, si elle fonde toute perception, constitue la réalité même de l'objet perçu : bien plutôt, la pensée s'efforce de rejoindre une existence extérieure. Ainsi, la démarche qui consiste à réduire le réel au caractère relationnel et systématique de la raison ne saurait aboutir ; elle n'épuise pas le contenu de ce que nous avons dans l'esprit quand nous parlons de réalité.
C'est en ce sens que Hume remarque que la croyance ne se réduit en rien à une idée, ni à la synthèse de deux idées, à la combinaison de deux concepts. Le jugement d'existence ne dérive pas du jugement de relation, il ne relie pas, à un sujet d'abord pensé comme seulement possible, l'idée d'existence. Au reste, s'il en était ainsi, croire qu'u […]
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