4. Les objections anti-réalistes
Elles se concentrent sur la définition du vrai. Par vérité, les réalistes entendent la conformité à la chose. Les idéalistes y voient une absurdité : si le vrai est la conformité de notre représentation à la chose, comment savoir que nous l'avons atteint, puisque nous ne connaissons la chose que par sa représentation ? Les idéalistes peuvent définir la vérité par la cohérence, l'accord des éléments de la représentation. Le critère est forcément interne, puisqu'il n'existe pas, pour l'idéaliste, de réalité extérieure à l'ensemble des rapports des représentations. Un énoncé vrai est compatible avec tous les autres énoncés vrais. Donner, pour condition du vrai, une propriété de consistance syntactique évite d'avoir à sortir du monde des représentations ; et d'ailleurs plus les idéalistes s'y renferment, plus leur doctrine gagne en solidité. Néanmoins, la conception idéaliste comporte sa pathologie et ses conséquences indésirables. Vrai et faux sont les états du sujet connaissant ; celui-ci ne peut pas prendre appui sur les uns pour juger des autres, tous sont également vrais ou également faux, toutes les opinions s'équivalent : « N'importe quoi marche. »
La critique idéaliste n'est pas pertinente. Pour l'idéaliste, l'être étant contenu dans la pensée, tout moyen de comparer quelque chose d'extérieur à la représentation échappe. Pour un réaliste, le problème se pose autrement. D'abord, dans la sensation, le sens prend la forme de la chose, sans que cette similitude du sens à la chose soit saisie. Le sens est vrai à la façon du miroir, qui ne se sait pas vrai (postulat réaliste de la véracité des sens). « Autant que nous connaissons l'objet, nous le sommes – selon sa forme participable » (A. D. Sertillanges) : identité selon la forme, qui préserve l'altérité selon l'être. Le tableau n'est pas encore complet. La chose extérieure – ou d'une manière générale le dehors de la pensée (lequel peut être au-dedans, comme quand nous considérons des entités imagi […]
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