3. « Voir » les transformations chimiques
En ce début du xxie siècle, le laser joue pour la réaction chimique un rôle comparable à celui de la photographie à la fin du xixe siècle, aux mains d'Étienne-Jules Marey et d'Eadweard Muybridge, ces deux exacts contemporains qui, indépendamment, étudièrent la locomotion chez l'homme et chez l'animal. La difficulté est de parvenir à saisir chacun des stades successifs de la transformation. Ces instantanés se situent, dans l'échelle des temps, au voisinage de la femtoseconde (10–15 s). L'Égyptien Ahmed Zewail, qui enseigne à Caltech, à Pasadena en Californie, a reçu le prix Nobel de chimie en 1999 pour de telles visualisations.
Les transformations chimiques s'effectuent, suivant les conditions opératoires, au voisinage ou au contraire loin de l'équilibre. On dénomme « structures dissipatives » celles qui se déroulent loin de l'équilibre. Le Belge Ilya Prigogine reçut le prix Nobel de chimie 1977 pour l'étude de ces structures. On peut observer des mouvements réguliers des atomes, des oscillations d'ensemble, des retours périodiques à de mêmes configurations, une organisation de l'espace en cellules. Des ondes parcourent le milieu réactionnel comme des vagues.
Du xviie au xxie siècle, la réaction chimique s'est ainsi hissée au statut d'un objet d'étude, tout en restant un outil. Au xviie et au xviiie siècle, elle servait à l'analyse. Au xxe siècle, elle passa entièrement du côté de la synthèse. Aujourd'hui, la transformation chimique sous-tend l'activité économique. Elle peuple la chimiosphère de nouvelles entités, qu'il s'agisse de formulations inédites ou de matériaux innovants.
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