3. Réévaluation des risques, réglementation et éducation
• Évaluer les risques
Comment évaluer les risques attachés à une molécule ? Considérons seulement, pour simplifier, le risque pour la santé humaine. On peut supposer aussi, compte tenu des frais de l'opération, que, pour appliquer le règlement REACH, les industriels s'adresseront à des officines spécialisées, et que ces dernières suivront un cahier des charges préparé par l'Union européenne.
Un gros problème vient de ce que l'expérimentation sur l'être humain est légalement et moralement interdite. Certes, elle est pratiquée sur des volontaires, mais seulement lorsqu'il s'agit de médicaments. Ici, il s'agit de substances connues pour être toxiques, ou que l'on soupçonne de l'être. Il ne saurait donc en être question.
La procédure usuelle consiste à étudier une population d'animaux de laboratoires – souris, rats, lapins, cobayes, chats et chiens... ; rarement des primates, trop onéreux – soumis à des doses variables de composés chimiques. On mesure la DL50, c'est-à-dire la dose qui provoque la mort de la moitié de la population. On mesure aussi le seuil des effets observables sur la santé – numération sanguine altérée, atteintes hépatiques, convulsions, modifications diverses du comportement... –, ce qui permettra de définir le risque minimal.
Hélas ! l'étape clé, celle de l'extrapolation à l'être humain, n'a rien de scientifique. On appliquera à ces mesures un coefficient d'incertitude, une diminution d'un ou plusieurs ordres de grandeur (fudge factor en anglais), qui n'est rien d'autre que l'expression de notre ignorance. En règle générale, un être humain adulte s'avère bien plus résistant que de telles données ne le laissent croire. En outre, d'importantes variations dans la résistance peuvent être dues à l'âge (les bébés sont beaucoup plus vulnérables que les adultes), au sexe, à l'état de santé, à des facteurs personnels (génétiques) et environnementaux.
Cependant, la réglementation se durcit progressivement, ce qu'on ne peut qu'approuver. […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 12 pages…



