2. Une lente prise de conscience
• Une peur ancestrale
Les produits chimiques font peur. La Genèse décrit la destruction par Jéhovah des Villes de la Plaine, par « une pluie de soufre et de feu ». De tels événements imprévisibles sont d'autant plus redoutables que nous avons en partage une hantise de l'asphyxie.
De même, au Moyen Âge, l'antisémitisme prit régulièrement les Juifs comme boucs émissaires : on les tint pour responsables d'épidémies, on les accusa d'empoisonner les puits. Une eau de boisson contaminée est, en effet, une autre de nos légitimes phobies.
La crainte ancestrale des substances dangereuses a été ravivée au xxe siècle par des catastrophes industrielles, comme celles qui ont été rappelées. Le souvenir des gazés de la Première Guerre mondiale reste lui aussi vif ; tel ou tel épisode récent de guerre chimique – Saddam Hussein en fit même usage contre des civils en Irak – se charge de l'imprimer dans la mémoire collective.
Le règlement REACH de l'Union européenne s'inscrit dans cet arrière-plan de méfiance, voire de peur. S'y ajoute un contexte politique. Les mouvements de protection de l'environnement, les Verts, les militants des énergies alternatives, ceux du développement durable, d'une agriculture organique... forment une coalition favorable à une stricte surveillance de l'industrie chimique, pour l'empêcher de nuire à la santé des populations.
Pour revenir sur la guerre chimique, l'épisode du prix Nobel de chimie décerné à l'Allemand Fritz Haber (1868-1934) en 1918 est révélateur. Ce dernier fut distingué pour son invention du procédé Bosch-Haber de synthèse de l'ammoniac, servant à fabriquer les engrais azotés sans lesquels, aujourd'hui, la moitié de la population mondiale périrait de famine. Criminel de guerre pour les Alliés, Haber fut empêché de recevoir son prix à Stockholm. Il avait dirigé la production d'armes de guerre chimique dans son pays. Néanmoins, très objectivement, il fut un bienfaiteur de l'humanité, par les engrais chimiques. Ce chimiste hor […]
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