4. Théâtre
Le théâtre tient une place exceptionnelle chez Roussel, comme si chez lui tout y ramenait. Michel Leiris a dit quel spectateur boulimique et singulier il fut, retournant “douze ou quinze fois de suite” voir tel mélodrame ou tel drame historique.
Les deux pièces qu'il publia, L'Étoile au front et La Poussière de soleils, forment, dans son œuvre si tragique et si tendue, un espace de liberté et presque de bonheur : la mort n'y domine pas comme dans Impressions d'Afrique ou dans Locus solus. Les mots, les anecdotes y expriment une gratuité vraie, comme si l'espace scénique libérait d'une fatalité, que le jeu théâtral lavait des malédictions. Dans L'Étoile au front ou dans La Poussière de soleils, le monde n'est plus empoisonné, l'espace n'est plus le gigantesque piège qui retient prisonniers les personnages d'Impressions d'Afrique sur ce champ de fêtes qui est aussi lieu d'exécutions, ou, dans Locus solus, ce parc qui est aussi prison, salle de tortures. Dans les deux pièces, l'espace n'est pas mortifère, et elles s'achèvent “bien”. On y trouve même des “méchants” dont l'élimination permet des fins heureuses, sans arrière-pensée.
La Poussière de soleils en particulier, seul de tous les livres de Roussel, est portée par un mouvement perpétuel, course-poursuite au bord du burlesque, dans de beaux décors aux couleurs vives, d'une énergie, d'un dynamisme irrésistibles, loin du fatal recommencement des cadavres à répétition qui marquent Locus solus. Une photographie porte témoignage de ce bonheur théâtral de Roussel : on l'y voit en costume de marin tenant un petit rôle dans une représentation d'Impressions d'Afrique, comme un prince incognito au milieu des simples mortels, satisfait de voir autour de lui le monde fonctionner comme il l'entend – réconcilié, au moins le temps de la représentation.
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