« Phénomène des lettres françaises », selon Cocteau. La météorique carrière de cet écrivain mort à vingt ans aurait pu valoir à Radiguet un destin posthume à la Rimbaud. Mais l'écriture très classique et la lucidité qui caractérisent ses deux romans donnaient de Radiguet une image qui se prêtait mal à une telle mythification. Fils de journaliste, lancé lui-même à quinze ans dans le journalisme, il fréquente très jeune le Montmartre des années vingt, rencontrant peintres (Picasso, Modigliani), musiciens (Poulenc, Auric) et poètes (Max Jacob et surtout Cocteau, qui fut comme son mentor). À dix-sept ans, il fait des débuts fracassants avec Le Diable au corps (un des premiers ouvrages à être lancé avec les méthodes modernes de publicité), fausse autobiographie dont les thèmes étaient en consonance avec la sensibilité de l'immédiat après-guerre : l'histoire de cette jeune femme qui profitait du départ au front de son mari pour nouer une liaison avec un jeune adolescent scandalisa autant qu'elle séduisit. Dans cette recherche d'une authenticité des sentiments et d'un plaisir qui avouait son nom, la droite nationaliste ne voulut voir qu'une affirmation de cynisme et d'immorali […]
