Né à Paris en 1934, normalien agrégé de philosophie en 1958, nommé professeur de sociologie à la Sorbonne (Paris-IV) en 1967, membre de l'Institut en 1990, Raymond Boudon a aussi enseigné régulièrement à l'université de Genève et connu une riche carrière internationale, enseignant notamment à Harvard, Chicago et Oxford.
Il a commencé par se faire le partisan d'une position « scientifique » en sociologie en théorisant l'approche quantitative, dans la foulée de Paul Lazarsfeld. Il s'est ainsi attaché à préciser la place des outils mathématiques dans l'analyse des faits sociaux. Boudon s'est ensuite éloigné de cette position assez rigide pour défendre et illustrer un paradigme d'inspiration néopositiviste qu'il appellera, à la suite de Joseph Schumpeter, l'« individualisme méthodologique ». Celui-ci repose sur l'ambition de « retrouver des structures générales à partir de l'analyse des phénomènes particuliers », au départ de ce qu'il appellera des « effets de composition » dans lesquels les individus investissent une rationalité incomplète, leur capacité d'information et de décision étant limitée par les positions qu'ils occupent par rapport à d'autres individus. L'individualisme méthodologique s'oppose au holisme durkheimien (et aussi marxiste), pour lequel la totalité sociale rend compte de et détermine les comportements des parties, en l'occurrence les individus. Cette logique du social ne peut ignorer les conséquences non intentionnelles des actions agrégées, ce que Max Weber avait appelé « paradoxe des conséquences » et que Boudon rebaptisera « effets pervers ». L'individualisme méthodologique postule que, pour les sociologues, étudier la société consiste non seulement à étudier les individus (ce qui est évident), mais aussi que l'explication des phénomènes qu'ils abordent – classes sociales, pouvoir, système éducatif, famine, etc. – réside dans des caractéristiques individuelles, notamment psychologiques. Le débat au sujet de l'individualisme méthodologique reflète une certaine tension […]
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