5. L'observation de la politique contemporaine
On taxera volontiers l'œuvre d'une certaine disparate. Elle se limite à l'apparence de surface. L'unité d'inspiration, la continuité sont telles qu'on doit se méfier de toute périodisation accentuée, même si elle semble avoir reçu l'aval du penseur (cf. « Ma carrière. Note du 6 janvier 1983 », in Commentaire, no cit., pp. 517-519). Du pluralisme initial sortent, par un mouvement naturel, les deux articles de guerre sur les religions séculières. Bien sûr, ni le rationalisme prétendu du marxisme-léninisme ni l'irrationalisme claironnant du nazisme ne sont épargnés. Mais le plus grand reproche qui leur est adressé est d'engendrer une dogmatique exclusive, de définir un type d'homme unique, en dehors duquel il n'y aurait pas d'humanité, bref de figer les rapports vivants des sujets ou des agents séparés dans une forme préfabriquée, au nom d'un modèle idéologique. Le reproche de violence ne leur est pas épargné, mais il vient en second : la violence faite à la spontanéité sociale explique et produit les violences contre les personnes. Ce n'est pas pour rien que le premier des recueils d'articles publiés dans La France libre s'appelle L'Homme contre les tyrans (New York, 1944 ; Paris, 1945).
De là découle une double série d'ouvrages. Les uns montrent un observateur qui s'efforce, en s'appuyant sur une très précise information sociologique, économique, stratégique, politique, d'analyser les faits sans cacher le choix qu'il fait sans parti pris. Ces travaux peuvent atteindre un assez haut niveau de généralité, comme Le Grand Schisme (Paris, 1948), qui étudie la coupure de la planète en deux zones idéologiques avec option libérale. Les autres abordent des questions très proches de nous autres Français ; Raymond Aron ne craint pas d'y adopter des conclusions très peu compréhensibles, au moment où il les énonce, pour ses lecteurs habituels. Ainsi, dans La Tragédie algérienne (Paris, 1957) et dans L'Algérie et la République (Paris, 1958), il déf […]
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