Ce fut l'un des plus grands joueurs de mots que l'Espagne ait produit que Ramón Gómez de la Serna, dit Ramón. Dilapidant parfois son talent en romans, mais le regagnant tout aussitôt en quelques phrases, sa fécondité fut comparée à celle de Lope de Vega et ses facultés d'invention au génie créateur de Picasso.
Madrilène de naissance, Ramón passa la plus grande partie de sa vie à le devenir par vocation. À partir de la guerre civile, sans avoir jamais pris publiquement position, il vécut à Buenos Aires où il mourut. Mais c'est Madrid qu'il a explorée, conquise et représentée, dans les années vingt, pour tous ceux qui sont venus, de près ou de loin, le voir assis à sa table du café Pombo, entouré de sa tertulia, dont la conversation, les rites, les jeux et les proclamations sont aujourd'hui entrés dans l'histoire littéraire, tout comme la tour de marbre emplie d'objets bizarres qu'il habitait au centre de la capitale, variante surréaliste de la tour d'ivoire. « Il sort parfois de son appartement et de sa vie purement intimiste, a-t-il écrit de lui-même, pour donner des conférences en excentricité », juché sur un trapèze, un réverbère à gaz ou un éléphant. Car il parle, ou il écrit, sans arrêt : du théâtre, El teatro en soledad (Théâtre en solitude), drame dans le drame ; des romans comme El doctor inverosímil (1914-1921) ou El torero Caracho (1926), de faux romans (Seis falsas novelas, 1926) ; des nouvelles ; des critiques ; des essais, tel l'Ensayo sobre lo cursi (1931, Essai sur le ridicule) ; des lettres souvent adressées à lui-même ; des préfaces à des traductions, de Nerval à Lautréamont ; des portraits d'écrivains, de rues et de places ; le Guía del Rastro (1915), un guide du marché aux puces madrilène ; des livres d'art, de son Goya (1928) à son Gutiérrez Solana (1944) en passant par Ismos (1931) ; des biographies, d'Oscar Wilde, de Quevedo ; une autobiographie intitulée Automoribundia (1955). Mais, s'il cultiva tant de genres, il n'en créa qu'un seul : la greguería.
Groupées autour d'un thème comm […]
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