Brahmane, né dans une famille orthodoxe du Bengale, l'un des représentants les plus intéressants de ces hindous qui s'efforcèrent d'harmoniser le Dharma (la « norme » universelle, la « loi » religieuse traditionnelle) et les valeurs positives de la civilisation occidentale. Rām Mohan Roy se prépara à un emploi de fonctionnaire à la cour des souverains moghols, ce qui le conduisit à étudier dans sa jeunesse non seulement le sanskrit, mais aussi le persan, l'arabe et, plus tard, l'anglais. Divers incidents firent de lui un adversaire déterminé de l'intolérance religieuse ; ayant eu l'occasion d'assister au « sacrifice » forcé d'une veuve (qui, selon la coutume de la satī, fut brûlée vive sur le bûcher funéraire de son mari), il décida de « réformer » l'hindouisme, c'est-à-dire, dans son esprit, de le rapprocher le plus possible du christianisme, tel qu'il le voyait pratiqué par les missionnaires protestants. En 1828, il fonda le Brāhmo Samāj (Société de Dieu), sorte de club (ou d'église) où l'on se réunissait pour « louer Dieu » dans une salle nue, dépourvue d'images et d'autel. Le culte, excluant les sacrifices à accomplir et les offrandes, consistait seulement à chanter des cantiques d'inspiration monothéiste. Simultanément, le Samāj était un lieu de rencontre entre intellectuels engagés dans l'action pour la réforme de la société indienne. De ce point de vue, l'importance du Brāhmo Samāj fut considérable : c'est grâce à sa propagande que l'on finit par interdire la satī et les mariages d'enfants. Des écrivains tels que Tagore ont reconnu la dette morale qu'ils avaient contractée vis-à-vis de Roy ; à la mort de celui-ci, de nombreux autres Samāj existaient en Inde.
Jean VARENNE
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