2. De la littérature à la politique
De 1836 à 1844, l'activité littéraire d'Emerson est à son apogée. Répondant à de nombreuses invitations, il définit par touches successives, à travers une longue série de conférences et de discours, les principes de sa foi individualiste et spiritualiste. De loin en loin il rassemble dans les pages d'un livre la quintessence de ses méditations. Et la renommée finit par entourer ce solitaire de vocation : lorsqu'il se rend en Angleterre en 1847, il y est honoré comme un écrivain de première importance.
L'année 1850, marquée aux États-Unis par l'adoption de la sinistre loi sur les esclaves fugitifs, contraint Emerson à une douloureuse conversion. Scandalisé par la lâcheté de ses compatriotes, il reporte sur les problèmes politiques le meilleur de son attention. Il s'impose, non sans effort, un rôle d'homme public pour rappeler l'Amérique à son devoir et à sa mission. La guerre venue, il embrasse la cause du Nord avec plus de passion que de discernement. Le retour de la paix le trouve prématurément vieilli ; ses dernières années s'écoulent dans une demi-sénilité, ironiquement accusée par le respect dont il est maintenant entouré.
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