Entré en 1952 en qualité d'apprenti chez le constructeur d'avions Havilland, Ralph Steadman, né en 1936 dans le Cheshire (Grande-Bretagne), apprend dans l'atelier de dessin de cette compagnie à tirer les lignes droites qui dans nombre de ses œuvres contrasteront avec une exceptionnelle liberté de trait. Il travaille ensuite dans une agence de publicité, puis entre dans un groupe de presse.
En 1958, il donne son premier dessin au Punch, puis il collabore à une nouvelle publication : Private Eye. Au cours de l'année 1970, il se rend aux États-Unis, où il réalise une série de dessins qui l'aident, selon ses propres termes, « à se retrouver ». Ce séjour l'amènera à publier deux séries de dessins : Fear and Loathing in Las Vegas et Steadman's America. En 1974, il part pour l'Australie à la demande de Radio Times Magazine pour y suivre des matchs de cricket. Ce travail lui fait découvrir que ce jeu en apparence anodin est chargé de violence, et il rattache certaines de ses phases à un rituel de mort.
C'est dans l'illustration que Steadman donne sa pleine mesure. Alice au pays des merveilles et À travers le miroir lui servent de terrain d'expérimentation (1967). Dans les illustrations de ces œuvres qui font partie de la mémoire collective de l'Angleterre, Steadman réactualise sans la trahir l'inspiration de Lewis Carroll en insistant plus particulièrement sur ce qui, dans ces récits, relève de la métaphore de la vie sociale et des rapports de forces qui la règlent.
Ralph Steadman est tout autre chose qu'un caricaturiste lié aux événements politiques — ces derniers ne lui donnent en effet matière à création graphique que dans la mesure où ils lui semblent porter atteinte à l'intégrité de l'être humain et à son milieu. En témoigne le dessin qu'il réalise en 1978 pour dénoncer la chasse au phoque : une femme en manteau de fourrure éclaboussée par le sang au point d'en perdre son visage. La même année, il cherche à élargir son expression en utilisant le montage photographique dans une courte série intitulée […]
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