Fondateur véritable de la puissance britannique en Malaisie, Raffles est issu d'une famille pauvre. Né à la Jamaïque à bord d'un navire de commerce commandé par son père, il a commencé à travailler à quatorze ans dans les bureaux de la Compagnie des Indes à Londres, et il ne doit qu'à lui-même sa culture très vaste en zoologie et en botanique, sa parfaite connaissance de plusieurs langues, dont le français. Ses mérites reconnus, il est envoyé dans l'île de Penang en 1805 ; il y apprend le malais et plusieurs dialectes indigènes, étudie les mœurs des populations. En 1808, grâce à un mémoire qu'il adresse à la Compagnie, celle-ci renonce à abandonner Malacca. Il se fait ensuite l'apôtre de l'expansion anglaise en Insulinde au détriment des Hollandais, passés sous le contrôle de l'Empire napoléonien : il convainc lord Minto, gouverneur général des Indes, de la nécessité et de l'intérêt d'une conquête de Java, se voit confier l'organisation de l'expédition victorieuse de 1811 et reçoit pour récompense la nomination de lieutenant-gouverneur de l'île. Installé à Batavia, il y donne pendant cinq ans la mesure de son génie colonisateur et de son intelligence politique : il multiplie les contacts avec les radjahs indigènes qu'il traite en égaux, abolit le travail forcé et modifie le système agraire, ordonne et contrôle des recherches systématiques sur le milieu et sur les populations. Le Congrès de Vienne, en rendant Java à la Hollande, le contraint au départ. Il est considéré comme l'un des meilleurs connaisseurs de la Malaisie, et en 1818 lord Hastings, nouveau gouverneur général des Indes, lui demande de revenir en Asie ; le problème est d'assurer à la Grande-Bretagne le contrôle de la route de Chine, et Raffles le résout en suggérant la conquête de l'île de Singapour. Il est chargé des négociations indispensables, use de la corruption et aboutit ; il assure l'administration du territoire et en fait un port de commerce rapidement développé, mais aussi une forteresse dont il souligne l'importance d'avenir : il discerne en particulier les futurs développements de l'Empire britannique dans le Pacifique. Son séjour à Singapour lui permet de compléter de remarquables connaissances botaniques et de créer dans l'île un jardin rapidement célèbre. En 1824, il quitte l'Asie, une fois que des négociations bilatérales entre l'Angleterre et les Pays-Bas ont sanctionné la souveraineté britannique sur Singapour. Revenu en Angleterre, il y fonde la Société zoologique et se consacre dans les dernières années de sa vie aux seules recherches scientifiques. Raffles a été considéré comme un modèle de colonisateur par son énergie et sa clairvoyance stratégique, mais aussi par le souci constamment affiché et sincère de collaborer avec les indigènes sans mépriser leur culture et leurs croyances.
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