Rafael Vicente Correa Delgado, président de la République de l'Équateur depuis 2006, illustre ce qu'on appelle le « virage à gauche » des démocraties latino-américaines. Ce jeune économiste, qui se réclame d'une gauche humaniste et chrétienne, défend un programme nationaliste en rupture avec les politiques néolibérales de ses prédécesseurs, au nom de la justice sociale et de la souveraineté nationale, grâce à son mouvement Alianza País (Patria Altiva y Soberana, « patrie fière et souveraine », país signifiant aussi « pays »). Quasi inconnu jusqu'en 2006, Rafael Correa bouleverse la scène politique nationale, sapant l'influence des partis traditionnels, qu'il présente comme corrompus, pour imposer un présidentialisme fort.
Né le 6 avril 1963 à Guayaquil, dans une famille modeste, Rafael Correa y fait des études de sciences économiques à l'université catholique, puis obtient une maîtrise de l'université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique) et un doctorat de l'université d'Urbana-Champaign (Illinois, États-Unis). Il consacre une année de bénévolat à enseigner et à développer la micro-entreprise dans des communautés indiennes de Cotopaxi (au sud de Quito), apprenant à cette occasion le quechua. Il débute en politique comme conseiller économique du vice-président Alfredo Palacio, durant le mandat présidentiel de Lucio Gutiérrez (nov. 2002-avr. 2005). À l'issue du soulèvement populaire qui destitue ce dernier, Palacio est promu président par intérim et nomme Correa ministre de l'Économie. Celui-ci démissionne quatre mois plus tard en critiquant le poids trop important de la Banque mondiale, du F.M.I. et de Washington dans la conduite des affaires du pays.
Candidat à l'élection présidentielle de 2006, Correa reçoit, au second tour, l'appui des partis du centre, de la gauche et du parti indien Pachakutik. Alianza País prône « une révolution citoyenne pacifique dans un cadre démocratique » et promet des investissements publics, la redistribution des ressources vers les secteurs […]
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