4. Dernier message
La ferveur de son amour (conçu comme la plus haute expression de la beauté) manifestée dans les versets de l'Offrande lyrique (Gitānjali, 1912) devait insuffler un nouvel espoir dans le cœur des humains, face à l'effondrement général du vieux monde pendant la Première Guerre mondiale. Tagore, épuisé, malade, attendant sa mort avec une sereine clairvoyance, proclamait, dès l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, le jour de son quatre-vingtième anniversaire : « Lorsque je jette mon regard tout autour, je rencontre les ruines d'une orgueilleuse civilisation qui s'écroulent et s'éparpillent en vaste amas de futilités. Pourtant je ne céderai pas au péché mortel de perdre confiance en l'homme : je fixerai plutôt mon regard vers le prologue d'un nouveau chapitre dans son histoire, une fois que le cataclysme sera terminé et que l'atmosphère sera rendue limpide avec l'esprit de service et de sacrifice [...] Un jour viendra où l'homme, cet insoumis, retracera sa marche de conquête malgré toute barrière afin de retrouver son héritage humain égaré. » (The Crisis in Civilization, discours, 1941).
Décelant ses propres défauts chez de nombreux imitateurs, souvent médiocres, Tagore fut, jusqu'à sa mort, un travailleur inlassable, impatient de se dépasser. Il mêlait harmonieusement l'authentique spiritualité au lyrisme ou au drame, ce qui ne l'empêchait pas de s'adresser avec beaucoup de charme aux enfants. L'humour lui seyait comme la gravité. On lui doit au moins cinquante ouvrages de poésie (300 000 vers), des compositions musicales, douze recueils de chants, trois opéras, quatorze romans, douze recueils de nouvelles, quatorze pièces de théâtre, soixante-trois volumes d'essais dont les thèmes vont de l'art à la politique, de la philologie à la philosophie, sans compter les récits de voyages, une vaste correspondance et une autobiographie. Dès le début des années vingt, il esquissait l'itinéraire futur de la pensée bengali tandis que ses contemporains utilisaient Freud et Marx pour se frayer de nouveaux chemins. Et, bien que les Bengalis aient envie et besoin d'épurer leur inconscient culturel, nourri de Tagore, ils ne peuvent que reconnaître leur dette à son égard. C'est en lui qu'ils doivent découvrir, encore aujourd'hui, la clé de toute innovation.
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