3. La vie, une alchimie
Tagore possédait le don de convertir la souffrance en joie. Il aimait trop la vie, cependant, pour s'en détourner en ascète. Sa tâche était double : découvrir son dieu de beauté dans la nature, dans le corps, dans la pensée, dans la parole et dans l'acte, et imposer à la vie une transformation pour qu'elle devienne belle dans sa totalité. « Où pourrai-je Te rencontrer, écrivait-il, sinon dans ma demeure devenue la Tienne ? Où pourrai-je m'unir à Toi, sinon dans mon œuvre transformée en Tienne ? » (Sādhanā [The Realisation of Life], discours prononcés à l'université Harvard, 1912-1913). Le centre d'éducation (Santiniketan ou Demeure de la paix) qu'il avait fondé en 1901 devint bientôt un foyer dynamique générateur de cette beauté : on y vit éclore spontanément la poésie, la musique, la peinture, la danse, le théâtre. Le rayonnement de ce foyer s'emparait non seulement du Bengale mais de toute l'Inde et attirait nombre d'étrangers. Tagore était d'ailleurs un grand voyageur ; il parcourut plusieurs fois aussi bien l'Orient que l'Occident (Angleterre, Italie, Union soviétique, États-Unis, Amérique du Sud, Japon, etc.).
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